Si l’amour m’était conté…

15 avril 2010

L’avantage et l’inconvénient de faire des études de cinéma, c’est que parfois on a littéralement envie de se liquéfier sur sa chaise au visionnage de certains « chef-d’œuvres » et d’autre fois on se retrouve devant des pépites qui nous décrochent la mâchoire. Question de perceptions.

Marie est “Casque d’Or”, une jeune femme de la Belle Époque qui vit d’amour et d’eau fraîche et peut-être d’un brin d’activités pas très catholique. Quand elle rencontre Manda dans une guinguette c’est le coup de foudre, au grand dam de son amant Roland, petite frappe sans envergure qui va chercher les ennuis avec Manda une fois que celui-ci aura éprouvé les talents de danseuse de sa belle.  Les deux tourtereaux fuient à la campagne mais le bonheur sera de courte durée, le vil et manipulateur Leca veillant dans l’ombre.

Injustement boudé à sa sortie en 1952, ce n’est qu’après une tournée mondiale triomphante que le film connut le succès par chez nous.  Le scénario fut inspiré d’un fait divers qui marqua la presse de l’époque, l’histoire d’Amélie Élie une prostitué qui fit chavirer le cœur de gangsters parisiens qui se livrèrent une lutte meurtrière en son nom. Dans les faits, l’histoire est bien plus sordide que le glamour romanesque du film. Simone Signoret trouva là le rôle qui propulsa sa carrière et fit d’elle une star dans le monde entier. Tout les acteurs (Serge Reggiani en tête) sont justes et poignants.
Des décors, aux costumes, en passant par la musique, tout a été extrêmement soigné, sans parler des dialogues et du noir et blanc sublime de l’époque (magnifiquement restauré sur l’édition DVD). Il s’en dégage une atmosphère unique, emprunte de nostalgie sur fond de valse amoureuse et de lutte entre malfrats . Tout simplement inoubliable.

Casque d’Or, de Jacques Becker, 1951, Noir et Blanc, 1h36. Avec : Simone Signoret, Serge Reggiani, Claude Dauphin, Raymond Buissières, William Sabatier…

Epouses et concubines

31 mars 2010

Puits sans fond. Songlian a tout pour elle : jeune, belle, intelligente. Pourtant, la ruine de sa famille la contraint à épouser un homme plus âgé qu’elle. Elle devient ainsi la Quatrième Épouse ; une “petite” comme on les appelle. Dans le huis-clos de la demeure Chen elle découvre peu à peu les personnalités qui l’entourent. Trahison, mensonge, secret ; tout est bon pour obtenir les faveurs du maître de la maison.

De la sensualité à la mort, il n’y a qu’un pas. Assise sous la tonnelle de glycine, Songlian observe son petit monde avec dans son regard, autrefois l’éclat de la jeunesse, aujourd’hui le tintement de la désillusion. Plongée dans un univers sclérosé qui l’empoisonne à petit feu, un désespoir muet s’insinue en nous à mesure qu’il l’accapare, elle. Il est loin le temps où la jeune femme apportait des bougies à un rendez-vous pour fêter son anniversaire, le regard pétillant de vie. La mort semble l’envelopper, chaque souffle fantomatique dans son dos nourri son obsession.
Dans cette bulle éclatée, trois femmes gravitent autour de Songlian. Trois autres épouses. Parfois amies, parfois ennemies, on ne sait à qui se fier. L’adversaire est parfois – souvent – celui auquel on ne s’attend pas.
Dans la demeure, le temps semble figé. Il y a la tonnelle de glycine, le petit jardin de derrière, le puits, les pavillons. Rien ne change et seul le paysage se mue au gré des saisons. Cet immobilisme accroit la solitude de Songlian et, dans un souffle enfiévré on s’imagine tout : la liberté, un regard plein de désir, mais inaccessible ; puis la peur, la mort, un fantôme.
Dans cette histoire de femmes sacrifiées aux bienséances d’une société archaïque, l’homme apparaît en filigrane, balayé par les luttes intestines qui se donnent pourtant en son nom. Impuissant ou inaccessible, il semble bien incapable de combler les désirs de chacune. L’argent n’y fait rien, tant qu’on n’a pas l’amour.
Récit d’une finesse remarquable, il peint en quelque page le décor de toute une vie. Ambiance feutrée et mortelle, nature endormie et propice à la rêverie, légendes de fantômes chinois. On n’en ressort pas indemne.

Morceau choisi :

“Elle marcha jusqu’au puits dont la margelle et les murs disparaissaient entièrement sous la mousse, puis se pencha pour regarder à l’intérieur. L’eau était bleu-noir. Des feuilles tombées il y a bien longtemps flottaient à la surface. Songlian mira dans l’eau le reflet ondoyant de son propre visage en écoutant le bruit sourd et faible de sa respiration amplifié par le puits. Un coup de vent gonfla sa jupe et la fit ressembler à un oiseau en vol. Elle eut alors une forte impression de froid, comme si son corps avait été durement frappé par un jet de pierres. Elle rebroussa chemin à toute allure. Arrivée sous la galerie du pavillon-sud, elle poussa un soupir de soulagement et tourna la tête pour regarder à nouveau la pergola. Quelques grappes de fleurs s’en détachèrent brusquement. Songlian trouva tout cela très étrange.”

Épouses et concubines, de Su Tong, 1990. 128 pages, édition Le Livre de Poche.

through the wave.

29 mars 2010

Emporté par les flots. La grande vague de Kanagawa d’Hokusai traduit bien l’état d’esprit qui m’anime en ce moment. Empressement, immobilisme sur papier, immensité fougueuse qui ne demande qu’à se déverser. Un éclair est passé au dessus de ma tête et le ciel gronde de colère.

Je saisis l’instant.

Au commencement.

29 mars 2010

Il y eut un blog.

Un blog pour assouvir l’envie de son auteur de partager ses passions, discuter, découvrir, s’amuser, apprendre de nouvelles choses peut-être.

Et puis c’est le printemps.

Bienvenue.

Bienvenue.


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